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Les Nuits des Forêts reviennent du 7 a 16 juin 2024, partout en France. Pour être informé.e.s du lancement de la prochaine édition, inscrivez-vous à notre newsletter.

Rencontre avec le Département des Yvelines

Les Nuits des Forêts 2024

Crédits photos : Département des Yvelines – N.DUBOIS

 

Le Département des Yvelines compte aujourd’hui 68 Espaces Naturels Sensibles (soit 2 880 ha de terrain acquis depuis 1990) qui présentent des fonctions paysagères ou écologiques remarquables ou menacées. À l’occasion du festival des Nuits des Forêts, le Département des Yvelines, en collaboration avec plusieurs partenaires, proposera plusieurs animations sur neuf sites des Yvelines, pour les redécouvrir de manière originale !

En attendant de se rendre aux différentes activités qu’ils proposent, nous vous proposons d’en apprendre plus sur le lien historique qui lie le département des Yvelines à ses forêts et plus généralement ses Espaces Naturels Sensibles. Entre sensibilisation et évolution du mode de gestion des forêts, Romain Deparis, chargé de mission animation des Espaces Naturels Sensibles et Jean-Michel Portier, technicien forestier nous parlent de la volonté de transition du Département et nous guident pour mieux connaitre ces forêts qui les passionnent tant et avec lesquelles ils doivent composer dans l’incertitude.

 

Le Département des Yvelines compte aujourd’hui 68 Espaces Naturels Sensibles. Pouvez-vous nous rappeler ce qui définit un Espace Naturel Sensible ? 

 

 

 

 

 

 

Romain Deparis : Les ENS sont des espaces qui sont classés car ils ont une valeur patrimoniale ou environnementale qui justifie un statut de protection.  Cela permet aux départements de les acquérir au titre de la politique ENS qui est une compétence départementale. La petite particularité qu’on a, en tant que participant au Festival, c’est que tous les Espaces Naturels Sensibles du Département ne sont pas des forêts, même si c’est le cas en grande majorité, à hauteur de 85, 90%.

 

Jean Michel Portier : Afin de mener à bien une politique de préservation, de valorisation, de gestion et d’ouverture au public de ses Espaces Naturels Sensibles, le Département collecte chaque année la part départementale de la Taxe d’Aménagement qu’il réinvestit en travaux, études et projets. Cette taxe, prélevée sur tout permis de construire et autorisation de travaux permet également d’acquérir de nouveaux sites en vu de les protéger.

Les ENS ont un statut de propriétés privées ouvertes au public, sur le même modèle que les forêts domaniales, qui sont le domaine privé de l’État.

 

 

Qu’est-ce que ce statut de protection implique pour une forêt ENS ? 

Jean-Michel Portier : Globalement, ce n’est pas un statut fort au niveau de la protection. En revanche, si on prend l’exemple du Sud-Yvelines, out le secteur de Rambouillet est classé en forêt de protection. Là, ce sont des classements qui sont beaucoup plus importants. On peut également noter les sites classés Natura 2000. Au-delà de ces statuts, nous sommes toujours très attentifs, même s’il n’y a pas un statut de protection particulier, à la manière dont on va gérer nos forêts. Par exemple, dans le cadre d’une manifestation en forêt, on prête attention à ce qu’elle ne nuise pas, que ce soit la flore ou à la faune ou même à la tranquillité des usagers de la forêt. Nous avons d’ailleurs un arrêté départemental portant règlement des Espaces Naturels Sensibles des Yvelines affichés à l’entrée principale de nos sites.

Romain Deparis : Le classement ENS implique une ouverture des sites au public sauf exception justifiée par la fragilité du milieu naturel. Ainsi de nombreuses associations nous demandent des autorisations pour faire des événements sur nos sites, qu’on autorise pour la plupart, mais qui entraînent une obligation de respecter l’espace en question.

Jean-Michel Portier : On a des critères propres aux ENS, en général on se cale sur celles de l’ONF aussi pour qu’il y ait quand même une cohérence avec l’ensemble des gestionnaires forestiers.

 

Quel lien historique entretient le Département des Yvelines avec ses forêts ? 

Jean-Michel Portier : D’un point de vue historique, je crois que les forêts ont été acquises avant que la Politique ENS ne soit une compétence départementale. Elles sont ainsi devenues ENS une fois la compétence prise. La gestion des forêts a été déléguée en totalité à l’ONF, puisque nous, en tant que forêt de collectivités, nous sommes obligés d’être soumis au régime forestier et d’appliquer un plan d’aménagement sur des massifs de quelques hectares. Au fil des années, le Département a souhaité participer pleinement à la gestion de ses forêts et nous avons décidé d’arrêter la sylviculture régulière pour passer à l’irrégulier. Autrement dit, on a une forêt à couvert continu, sans coupes sur des grandes surfaces, avec toutes les classes d’âge sur une seule parcelle. On ne fait plus une sylviculture de parcelles mais une sylviculture d’arbres.

Dans une cinquantaine d’années, on aura un aspect complet de futaie irrégulière..  On va même plus loin que ça puisque, par exemple, on fait des inventaires pour enregistrer tous les arbres qu’on appelle les « arbres bio ». Tous ceux qui ont un habitat potentiel pour la biodiversité sont systématiquement référencés, géolocalisés et protégés. Dans les nouveaux aménagements, on introduit des îlots  de vieillissement. On introduit également des îlots de sénescence où l’on va laisser la forêt se développer complètement, naturellement, sans aucune intervention. On a aussi lancé beaucoup de travaux en faveur des zones humides, pour la création et la restauration de mares… L’aspect écologique a pris beaucoup d’importance dans notre gestion de la forêt.

Le fait de ne pas avoir d’obligation de rentabilité sur nos boisements nous permet de lancer des innovations, des thèses, de nouvelles sylvicultures, des plantations.

 

D’un point de vue de travaux forestiers, comment passe-t-on d’une structure régulière à l’échelle de la parcelle à de l’irrégulier d’arbre à arbre ?

Jean-Michel Portier : Dans une parcelle où on a que des chênes qui ont 150 ans, on va d’abord ouvrir ce qu’on appelle des « cloisonnements », c’est-à-dire des axes de circulation tous les 24 mètres pour les engins. Pourquoi ? Parce que toute la sylviculture irrégulière est basée sur la régénération naturelle. Il faut donc préserver les sols pour assurer leur régime naturel. Cette nouvelle gestion repose sur une analyse zone par zone ; on va regarder s’il y a des endroits où il y a des trouées par exemple. C’est un travail cellule par cellule, avec des groupes d’une dizaine d’arbres, et on adapte la gestion pour assurer la régénération de la forêt. Nous souhaitons diversifier les essences et tendre vers un aspect forestier beaucoup plus naturel et riche en diversité. Le but, c’est d’obtenir une forêt beaucoup plus résiliente, capable de résister aux impacts climatiques et aux ravageurs.

Un avantage également de l’irrégulier, c’est le revenu, qui lui, devient plus régulier. Car votre forêt est toujours en couvert continu et produit toujours certains arbres, ce qui permet une situation beaucoup plus stable.

Que constatez-vous au fil du temps sur l’état des forêts dans les Yvelines ? A quels enjeux devez-vous faire face ?

Jean-Michel Portier : Il y a de multiples problèmes sanitaires qui traduisent une forêt en souffrance. Pour les maladies, on peut notamment citer la maladie de l’encre qui touche particulièrement les châtaigniers. Il y a également la chalarose du frêne. Les érables sont quant à eux touchés par la maladie de la suie.

Mais le facteur le plus lent et le plus grave, c’est le stress hydrique que les chênes subissent actuellement. Ça affaiblit considérablement les arbres pendant des années, où l’on voit des pans entiers qui meurent sur place de manière irréversible. Nous sommes observateurs de tout ça, mais le grand public n’a pas les connaissances professionnelles pour le voir. Ces situations nous amènent à mettre en place des opérations plutôt brutales pour éviter de perdre la valeur du bois et garantir la sécurité du public. C’est une véritable course contre la montre pour sauver la forêt. Nous sommes confrontés à des enjeux jamais rencontrés auparavant et nous devons réagir à l’aveugle sur des périodes très longues, en ayant aucun recul sur ces phénomènes et en ne sachant pas ce que sera le climat dans 150 ans.

Qu’espérez-vous pour les prochaines années ? 

Jean-Michel Portier : Une forêt qui aura un aspect différent des parcelles que l’on a actuellement. On se retrouvera avec une forêt plus touffue, avec des arbres morts qui servent d’arbres habitat, des milieux plus chaotiques et des boisements où l’on ne peut pas se balader avec une vision dégagée. Il faut donc sensibiliser le grand public à ces nouveaux paysages, pour qu’ils puissent comprendre. Les arbres, dans une futée irrégulière, pourront être majestueux dans des centaines d’année. C’est quelque chose qui se pense sur le temps long mais c’est maintenant qu’il faut réagir et mettre le paquet pour ne pas perdre toute cette biodiversité.

Quel est votre regard sur la relation des Yvelinois à leur forêt et quelles actions mettez-vous en place pour entretenir ce lien ?

Jean-Michel Portier : Quand on explique notre choix de forêt à couvert continu, le grand public l’accepte et trouve cette décision positive. Le seul moment difficile est quand on doit faire une coupe sanitaire et où l’on doit couper tout un pan de forêt. D’où l’intérêt de sensibiliser le public à la gestion forestière. Il faut casser le mythe de la forêt éternelle et immuable, en étant pédagogues et patients.

Romain Deparis : D’où l’intérêt de faire des animations, pour pouvoir tenir ces discours. On accueille mais on est aussi là pour gérer du vivant et préserver l’environnement.

Quel est l’intérêt, pour vous, de vous inscrire dans la dynamique et événements des Nuits des Forêts ? 

Romain Deparis : On a relancé un vrai programme d’animation l’année dernière. Le message des Nuits des Forêts nous parlait beaucoup puisqu’il invite à découvrir les forêts proche de chez soi mais aussi à rencontrer les gestionnaires qui s’en occupent tout au long de l’année. La thématique nocturne nous a aussi amené à imaginer des animations différentes et à faire découvrir au public la forêt à un horaire peu fréquenté.

En quelques mots, que diriez-vous à une personne qui hésite à participer à vos événements ? Que nous promet la programmation de cette année ?

Romain Deparis : J’ai rarement vu des personnes partir d’une animation qu’on organise sans nous dire qu’ils ont appris beaucoup de choses. La programmation de cette année accueille beaucoup de sachants qui ont beaucoup de connaissances à revendre. Venez redécouvrir le territoire proche de chez vous et apprendre tout ce que la forêt recouvre comme connaissances !

Jean-Michel Portier : On a une grand richesse au niveau du patrimoine, ce qui rend les animations passionnantes. Ce sont des forêts qui ont été traversées par le temps et l’Histoire.

Quel est votre conseil culture (musique, film, littérature, exposition, activité…) ? 

Jean-Michel Portier : Je dirai le roman La Vie Secrète des Arbres de Peter Wohlleben ! Il est important car il explique qu’il se passe autant de choses sous terre que ce que l’on peut voir dans la forêt. C’est un monde peu perçu et pris en compte alors qu’il est fondamental.

 

Romain Deparis : Qui est d’ailleurs dispo en BD, le rendant plus accessible pour le grand public ! Pour les cinéphiles, le film documentaire Le Chêne est à couper le souffle en termes d’images et de prises de vue.

⭣ Programmation complète des Forêts départementales des Yvelines ⭣
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