Résidence artistique de Neyptune : Là où le vent nous portera

Résidence artistique de Neyptune : Là où le vent nous portera

“Reconsidérer la perruche à collier comme une espèce à part entière de l’écosystème du Bois de Vincennes”

Neyda Omar (Neyptune)

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Une résidence pour écouter les oiseaux autrement

Lauréate de la première édition de l’appel à résidences artistiques des Nuits des Forêts, Neyptune a été accueillie au Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont (Paris) dans le cadre de la thématique « À l’écoute des vivants ». Parmi toutes les formes de vie qui peuplent le jardin, ce sont les oiseaux qui ont particulièrement retenu son attention. Leurs chants, leurs déplacements et leur manière d’habiter le lieu sont devenus le point de départ d’une création invitant à porter un regard renouvelé sur notre cohabitation avec le vivant.

Pendant deux semaines d’immersion, du 25 au 31 mai, puis du 8 au 14 juin 2026, Neyda a partagé son temps entre observation du jardin, captations sonores, dessin, rencontres avec des scientifiques, naturalistes et usagers du site, avant de restituer son travail à travers une projection-déambulation. Cette résidence lui a permis d’approfondir une réflexion sensible sur l’écoute, l’altérité et notre manière d’habiter un même territoire que les autres espèces

© Neyptune.

Un regard sensible sur le vivant

Neyptune (Neyda Omar) est illustratrice et artiste mixed-media.

À la croisée des arts visuels, de l’écologie et de la médiation scientifique, elle développe depuis plusieurs années une pratique qui cherche avant tout à sensibiliser au vivant. En associant dessin, animation et documentation scientifique, elle propose des récits où l’émotion devient un moyen de transmission, convaincue que l’émerveillement constitue une porte d’entrée essentielle vers la connaissance et l’attention portée au monde qui nous entoure.

D’une grande douceur, profondément attentive à ce qui l’entoure, Neyda entretient une relation intuitive avec les paysages, les animaux et plus particulièrement les oiseaux. Son travail naît de l’observation, de l’écoute et du temps long. Avant de créer, elle regarde, elle marche, elle écoute. Cette disponibilité au vivant traverse toute sa démarche artistique.

Originaire des Comores, elle porte également une sensibilité particulière aux questions de circulation, de déplacement et d’appartenance, qui irriguent discrètement l’ensemble de son travail.

© Neyptune.

Le jardin comme espace de rencontre

Habituée depuis plusieurs années à se promener dans le Bois de Vincennes, et plus particulièrement au Jardin d’agronomie tropicale, elle était fascinée par les perruches à collier qui peuplent le site. Elle leur avait déjà consacré un premier travail artistique et voyait dans cette résidence l’occasion de prolonger cette réflexion, en cherchant à mieux comprendre leur présence, leur histoire et les regards qu’elles suscitent.

Durant deux semaines, le jardin est devenu son atelier à ciel ouvert.

Ses journées étaient rythmées par de longues observations, des captations sonores, des temps de dessin mais surtout par de nombreuses rencontres avec celles et ceux qui connaissent le jardin et les espèces qui l’habitent.

Le projet a suscité un véritable enthousiasme parmi les scientifiques sollicités. Tous ont accepté de partager leur expertise avec une grande générosité, séduits par cette démarche artistique qui proposait un autre mode de dialogue avec leurs recherches.

Neyda a ainsi rencontré et échangé avec : 

  • Grégoire Loïs (ornithologue et directeur-adjoint du programme de sciences participatives Vigie-Nature au Muséum national d’Histoire naturelle)
  • Anthony Andreacchio (artiste et naturaliste, fondateur de “Regard Nature”, membre du groupe rapace à la LPO IDF)
  • Hugo de Vergès (coordinateur du groupe rapace à la LPO IDF, et travaille au CRBPO au Muséum)
  • Fanny Rybak (enseignante et chercheuse bioacousticienne) 
  • Muriel Buff (responsable de la ferme urbaine V’Ile fertile) 
  • Dominique Lasserre (documentaliste à la bibliothèque historique du CIRAD) 
  • Diane Megias (conseillère en environnement à la Maison Paris Nature )
  • Frédéric Mahler (délégué régional de la LPO IDF) 
  • Emma Schippers (chercheuse au CIRAD et passionnée d’ornithologie)

Chaque échange avait été préparé en amont, avec des questions adaptées aux domaines de chacun tout en laissant une large place aux récits, aux doutes et aux expériences de terrain.

Au total, une vingtaine d’heures d’entretiens ont été enregistrées.

Ces rencontres ont profondément nourri le projet. Elles ont conforté certaines intuitions tout en faisant évoluer plusieurs choix artistiques.

Les échanges avec la bio-acousticienne Fanny Rybak ont notamment constitué un moment déterminant. Ensemble, elles ont interrogé les effets potentiels de la diffusion d’une œuvre intégrant les chants d’oiseaux enregistrés dans le jardin même où elle devait être présentée. L’idée initiale de modifier certaines fréquences afin de limiter les perturbations pour les oiseaux a finalement été abandonnée. Les discussions ont révélé toute la complexité des interactions entre création artistique et comportements animaux, rappelant qu’il n’existe pas de solution simple lorsqu’il s’agit d’intervenir dans un milieu vivant.

Progressivement, une autre question est venue traverser le projet. Pourquoi certaines espèces sont-elles qualifiées d’« invasives » ? À partir de quels critères décide-t-on qu’un être vivant est légitime ou non sur un territoire ? À travers la figure de la perruche à collier, espèce importée devenue emblématique du Jardin d’agronomie tropicale, Neyda ouvre une réflexion sur les notions de déplacement, d’appartenance et d’altérité. Cette interrogation prend une résonance particulière dans ce jardin, ancien lieu de mémoire de l’histoire coloniale française. Sans délivrer de réponse définitive, son travail invite à déplacer notre regard sur les catégories que nous construisons pour penser le vivant.

La résidence a également été ponctuée de rencontres avec les publics et de plusieurs ateliers au cours desquels Neyda a partagé sa démarche artistique et son regard sur les oiseaux du jardin.

© COAL.

Donner corps aux voix du jardin

La résidence a donné naissance à Là où le vent nous portera, un une première étape d’un film d’animation en stop-motion inspiré des oiseaux du Jardin d’agronomie tropicale et plus particulièrement de la perruche à collier.

Réalisée à partir de dessins sur papier enrichis par des techniques d’animation numérique, l’œuvre mêle création plastique, sons enregistrés sur le terrain et témoignages recueillis pendant la résidence.

La restitution s’est tenue le 21 juin 2026, au terme de plusieurs journées de forte chaleur. À la tombée du jour, le jardin retrouvait peu à peu sa fraîcheur. Les visiteurs étaient invités à cheminer sous les arbres jusqu’au lieu de projection, comme s’ils entraient progressivement dans le rythme propre du jardin et de ses habitants.

Le film s’ouvre sur le regard d’une chouette hulotte qui ferme les yeux au lever du jour. Puis viennent les bruissements des feuilles, les chants d’oiseaux, les pas sur les chemins, le ruissellement de l’eau. Dans une atmosphère bleutée et contemplative, les images s’animent lentement. Les oiseaux apparaissent, disparaissent, se déplacent en nuées. Les herbes aquatiques ondulent, les poules d’eau glissent sur l’eau, les arbres deviennent des refuges où s’accumulent les silhouettes des perruches.

Animal de compagnie introduit par l’homme avant de retrouver sa liberté, la perruche à collier devient ici bien davantage qu’un simple sujet naturaliste. Sa présence dans l’ancien Jardin d’agronomie tropicale, marqué par l’histoire coloniale, fait émerger en filigrane une réflexion sur les circulations du vivant, les héritages et les frontières que nous établissons entre espèces dites « d’ici » ou « d’ailleurs ».

Présentée sous la forme d’une projection-déambulation, l’œuvre proposait moins un spectacle qu’une expérience sensible. Elle invitait chacun à ralentir, à écouter autrement et à porter attention à ces présences discrètes qui partagent notre quotidien.

Au fil de la résidence, le projet s’est considérablement enrichi. Aux captations sonores et aux entretiens sont venues s’ajouter plusieurs peintures de grand format, initialement absentes du projet, ainsi qu’une installation plastique permettant à l’œuvre de se prolonger au-delà de la projection. Cette évolution témoigne de la manière dont les rencontres, les observations de terrain et les échanges scientifiques ont continuellement nourri et transformé la création.

© COAL.

Une recherche qui poursuit son chemin

La résidence constitue une étape dans un projet appelé à se développer.

La vingtaine d’heures d’entretiens réalisées au cours de la résidence représentent aujourd’hui une matière documentaire précieuse. Neyda souhaite désormais entreprendre leur dérushage afin de construire un documentaire qui prolongera les questionnements ouverts pendant la résidence et donnera une nouvelle place aux voix des chercheurs, naturalistes et acteurs rencontrés.

Parallèlement, Là où le vent nous portera continuera d’évoluer. L’artiste souhaite reprendre le film, enrichir son montage et développer une version plus aboutie, destinée à circuler dans d’autres contextes, notamment au sein de festivals et de manifestations consacrés aux liens entre création contemporaine et environnement.

Les Nuits des Forêts accompagneront cette nouvelle étape en relayant les futures diffusions du projet, les éventuelles sélections en festival ainsi que les évolutions du documentaire en cours de réalisation.

 

Pour en savoir plus sur le projet de Neyptune :

https://www.neyptune.net/

@neyptune.illustrations

© Neyptune.

Partenaires & soutiens :

Ce projet a bénéficié du soutien de l’Office Français de la Biodiversité, de la Région Île-de-France, de la Métropole du Grand Paris, et du mécénat de REI Habitat.

Il a été accueilli par le Jardin d’agronomie tropicale de la Ville de Paris-René Dumont (dans le Bois de Vincennes, 75) avec le soutien et l’accompagnement de la Cité du Développement Durable et COAL.

Crédits :

Crédits photos mentionnés plus haut dans l’article.

Vidéo réalisée par © Elsa Agherbi-Bullot.

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